Wednesday, November 28, 2018

Des dépistages gratuits et plus faciles pour un «Paris sans sida»

L’objectif est toujours le même, faire disparaître le sida de la capitale à l’horizon 2030. Un défi théoriquement possible, grâce aux progrès de la recherche et à la mobilisation générale des associations, institutions et services de soins engagés contre le sida. Pour autant, il n’est pas gagné. Le fléau tue toujours, touche toujours plus massivement les hommes homosexuels et les migrants d’Afrique subsaharienne, et accuse une faiblesse difficile à compenser : le dépistage, auquel échappent encore 3 % des hommes homosexuels nouvellement contaminés, et 2 % des hommes et femmes originaires d’Afrique Subsaharienne diagnostiqués. Ce mardi, à quelques jours de la Journée mondiale de lutte contre le sida, l’association Vers Paris sans sida, créée en 2016 afin de porter la « stratégie » de Paris et mettre en œuvre les bons outils, présente son nouvel arsenal afin de faciliter le dépistage et de lutter contre les tabous qui l’entourent encore. « Ce devrait être un geste banal, débarrassé de son poids anxiogène, un contrôle simple comme l’on surveille tous régulièrement d’autres aspects de notre santé ! » milite infatigablement Eve Plenel, la directrice de Vers Paris sans sida. « Le dépistage augmente depuis quelques années, la tendance est au mieux, notamment dans les populations les plus exposées, mais cela reste ténu et n’a pas réellement d’impact sur le nombre de nouveaux cas déclarés ». Près de 20 % des nouvelles séropositivités échappent encore au dépistage, une stagnation déjà soulignée par Vers Paris sans sida, dans son rapport remis à la maire de Paris en 2016. Des tests gratuits en laboratoire D’où le bénéfice potentiel de l’une des mesures phares annoncées ce mardi, expérimentée dès 2019 : le test en laboratoires d’analyses médicales, gratuit et sans prescription préalable. Sur le principe, les laboratoires parisiens y seraient prêts. Reste à finaliser un protocole qui perturbe le « parcours de soins coordonnés » cher à la Sécurité sociale, en sautant l’étape en principe obligatoire du passage chez le médecin traitant. En tout cas, « ce sera une avancée majeure, assure Eve Plenel. On ne peut pas demander aux personnes les plus exposées de se tester tous les 3 mois, quand on sait quel parcours cela représente : délais de rendez-vous chez le médecin, centres de dépistages déjà saturés, avec des horaires contraints. A Paris, seuls 4 des 13 sites de dépistage public gratuit CeGIDD sont ouverts le samedi ! ». N’avoir qu’à pousser la porte d’un laboratoire, notamment dans les quartiers du centre et du nord-est parisien, où vivent les populations les plus à risque, sera forcément un facilitateur de dépistage. Des autotests distribués D’autres efforts en faveur du dépistage mais aussi de la PrEP, la prophylaxie préexposition, c’est-à-dire la prise d’un traitement anti-VIH à but préventif, par des personnes non contaminées mais exposées, commencent à monter en puissance. « Nous avons augmenté le nombre d’autotests distribués gratuitement par les associations et centres de dépistage », souligne Eve Plenel. 20 000 autotests ont ainsi été distribués dans la capitale depuis juillet 2017, soit le double du nombre vendu dans les pharmacies parisiennes. Vers Paris sans sida a également financé l’accroissement de leur offre de test rapide de 8 associations de terrain, intervenant directement auprès des populations les plus exposées. C’est l’une des actions de « dépistage communautaire » les plus efficaces pour atteindre les populations très exposées. Enfin les deux centres associatifs dédiés à la santé sexuelle des personnes LGBT, le 190 XIe et le Checkpoint IVe, tous deux victimes de leur succès et saturés, ont pu développer des permanences supplémentaires de dépistage, une offre d’autotests sur place, et même, depuis le 31 octobre au 190, un dispositif baptisé « Lunch test » : tous les mercredis, la possibilité de faire un test rapide et gratuit du VIH, entre 12 et 14 heures. 70 ÉVÉNEMENTS DE SENSIBILISATION ET DE DÉPISTAGE Premier temps fort de la journée mondiale de lutte contre le sida, le lancement dès ce lundi de la campagne phare de Vers Paris sans sida, « Le test est dans le sac ! ». 12 000 sacs seront distribués jusqu’au 2 décembre, contenant 6 000 autotests, 15 000 préservatifs masculins, 8 000 préservatifs internes féminins. Parmi les autres rendez-vous à noter, le lancement d’un « social challenge », campagne ludique de selfies à partager sur les réseaux sociaux, indiquant qu’on a fait l’autotest. Il suffit de prendre un selfie avec un point rouge sur le doigt, pour symboliser la goutte de sang nécessaire à l’autotest, de le poster sur la toile avec les #autotestVIH et #DepistezVous, et d’inviter 3 autres personnes à le faire à leur tour. Samedi 1er décembre, un stand d’informations et de dépistage sera proposé à la mairie du Xe, 72, rue du Faubourg-Saint-Martin. Le même jour à midi, une action de sensibilisation et de dépistage aura lieu à la Rotonde, place de la Bataille-de-Stalingrad Xe. Le dimanche 2 décembre, soirée « Positive attitude ! » à partir de 19 h 30 au Rosa bonheur du jardin des Buttes-Chaumont XIXe. Tous les autres événements sont sur le site de la Ville de Paris. «TOUT CE QUI PEUT SIMPLIFIER LE DÉPISTAGE EST UNE BONNE CHOSE» S’il se sent aujourd’hui moins concerné parce qu’il vit « une relation stable » avec son compagnon et sait se protéger, Nicolas, 23 ans, garde la conscience du risque de contamination. Le dépistage ? « La première fois je l’ai fait dans un centre gratuit d’information et de dépistage CeGIDD, mais il est vrai qu’il faut prévoir une demi-journée et arriver très tôt, avant l’ouverture, pour être sûr de pouvoir passer », reconnaît le jeune homme. La possibilité d’un test en laboratoire d’analyses médicales, sans prescription ? « Pourquoi pas, tout ce qui peut faciliter et simplifier le test est intéressant, estime-t-il, c’est un plus quand on a une vie active et pas toujours le temps d’attendre dans les lieux dédiés ou d’aller chez le médecin avant ». Nicolas a choisi une autre méthode : le recours au programme gratuit Mémo Dépistages piloté par Santé publique France dans 4 régions dont l’Île-de-France. « Tous les 3 mois, on reçoit un kit d’autoprélèvement du VIH et de plusieurs autres infections, explique-t-il. On les envoie ensuite à un laboratoire qui les analyse et interprète les résultats ». EN MOYENNE 6 000 NOUVELLES SÉROPOSITIVITÉS R AN Selon les données de Santé publique France, et compte tenu des délais entre contamination et diagnostic, environ 6 000 personnes ont découvert leur séropositivité en 2016 à Paris, et ce nombre évoluerait peu en moyenne annuelle. La majorité sont des 25-49 ans plus de 4 000, un nombre en baisse continue depuis 2004 mais toujours élevé. Les jeunes représentent 11 % de ces découvertes environ 700, une donnée également stable depuis plusieurs années. 80 % d’entre eux sont des hommes homosexuels. En revanche, la proportion des contaminations par usage de drogue est très faible : 0,6 %. 47 % des jeunes de 15 à 24 ans diagnostiqués sont nés à l’étranger, dont les deux tiers en Afrique subsaharienne. 14 % des diagnostics chez les jeunes ont été réalisés tardivement, à un stade avancé de la contamination.
Paris: les élus du 19e interpellent l’État sur le risque de nouveaux campements de rue "Révoltant et insupportable". C’est par ces mots que les élus du 19e arrondissement qualifient la situation dans les quartiers de la porte d’Aubervilliers et MacdonaldCésaria Evora. Dans une motion adoptée à l’unanimité ce mardi soir, le Conseil de l'arrondissement fait part de son inquiétude face au retour "de tentes et de personnes à la rue, surtout en soirée, avec hélas, de nombreuses familles avec enfants, des mineurs isolés en plus des hommes seuls eux aussi très présents". Selon le texte, les habitants de ces quartiers sont témoins ces "dernières semaines" de scènes témoignant d’une situation "catastrophique" avec des enfants "couchés sur les trottoirs, sur les terre-pleins ou en bordure du périphérique". Ils "subissent" en outre les "débordements liés à cette situation catastrophique: déchets dispersés au sol à l’issue de distributions alimentaires indispensables mais mal maîtrisées, entraves à l’accès à certains équipements publics et immeubles d’habitation, bagarres de rue entre groupes rivaux de migrants…". "Nous saisissons solennellement le Premier ministre" "Les habitants du 19e sont bien placés pour savoir ce qu’il en coûte de l’inertie et de l’attentisme. Les campement indignes de grand ampleur nous avons déjà donné!", poursuivent les élus. En effet, plusieurs camps de migrants ont déjà été évacués ces dernières années dans cet arrondissement. En mai dernier, c’est le plus grand campement de la capitale avec 1017 personnes, également situé dans le 19e, qui avait été évacué. Face à cette situation, les élus se disent "choqués de constater l’incapacité chronique d’un grand pays comme la France à faire face à ses devoirs d’accueil humanitaire et à mettre à l’abri sans distinction, toutes les personnes présentes sur son territoire". En conclusion, le Conseil du 19e arrondissement appelle à ne pas "reproduire les erreurs du passé et demande que des mesures à la hauteur de la situation soient prises en urgence". "C’est pourquoi nous saisissons solennellement le Premier ministre et son ministre en charge de la ville et du logement", ajoute-t-il "alors que le risque grandit de reconstitution en plein Paris d’un campement de rue". Paris : quand des rappeurs exilés se donnent en spectacle Un rap profond, un instant de partage où la langue — ici l’arabe — ne représente pas une barrière. Voilà ce qui se dégage des concerts des « Refugees of rap ». Ils étaient, mardi soir, au Luminor dans le cadre d’un concert organisé par l’association étudiante Permanence Cinéma. Ils sont, ce samedi, au festival Migrant’Scène. Yaser et Mohamed Jamous, deux frères syriens, n’arrêtent pas une seconde, surtout avec la sortie de leur nouvel album « Insomnia », qu’ils feront découvrir pour l’occasion. « C’est un album assez intime qui raconte l’histoire de notre exil », éclaire Yaser. Originaires de Yarmouk, un camp de réfugiés palestiniens au sud de Damas, les deux frères créent le groupe « Refugees of rap » en 2007. « On a été influencés par le rap des Etats-Unis des années 1990. A l’époque, ça n’était pas très populaire en Syrie », relate Mohamed. A partir de 2009, en raison du contexte politique en Syrie, les textes des deux rappeurs deviennent plus engagés : « Le rap, c’est ancré dans l’actualité. Quand il y a une révolte contre la dictature, on en parle. Mais on n’est pas dans l’activisme musical pour autant, on écrit pour transmettre un message de liberté, de démocratie et contre la dictature. » Un message qui, suite à des menaces de mort, les a conduits à l’exil en 2013. Depuis, les deux artistes ont donné des concerts au Liban, en Egypte, au Danemark, en Suède, en Norvège, en Allemagne… « Le rap est propice à l’expression de la rage, c’est une musique qui a un aspect révolutionnaire, très énergique, qui permet de nous exprimer. » Samedi, ils sont au festival Migrant’Scène de la Cimade, organisant de nombreuses manifestations culturelles et festives autour de la thématique « D’ici et d’ailleurs, ensemble ». « Pour nous, c’est important d’y participer. Beaucoup de pays sont en guerre et la situation des migrants et réfugiés n’est pas comprise en Occident. C’est l’occasion de montrer qu’il s’agit d’humains, d’artistes. » Dimanche, le festival accueillera la Troupe de Good Chance Theatre, une troupe de théâtre formée de réfugiés et de migrants. Quand : Samedi et dimanche. Le concert des Refugees of Rap est à 20 h 30. Programme sur lesgrandsvoisins. Où : Les Grands Voisins, 74, avenue Denfert-Rochereau XIVe, M° Denfert-Rochereau. Migrants à la rue : « Ils sont dans une errance infinie » Article réservé aux abonnés Omar, originaire du Soudan, est venu chercher un repas à la porte d'Aubervillers, le 23 novembre : « Ce soir je vais encore dormir dehors. » SAMUEL GRATACAP POUR LE MONDE Il est 20 heures, mardi 20 novembre, et, sur un terre-plein humide et froid de la porte d’Aubervilliers, dans le nord de Paris, plusieurs centaines de personnes font la queue devant une distribution de repas. Il est presque minuit, mercredi 21 novembre, porte de la Chapelle, et, tout proche d’un bruyant ballet de berlines à l’intérieur chauffé, une poignée de silhouettes s’abritent sous le pont du périphérique. Il n’est pas encore midi, jeudi 22 novembre, et, sur l’herbe mouillée, non loin de l’autoroute qui mène au tunnel sous la Manche, à Calais, quelques tentes de fortune se détachent dans la brume hivernale. Ils sont entre 800 et 1 200 à Paris et Saint-Denis, quelque 500 à Calais Pas-de-Calais, environ 400 à Grande-Synthe Nord, 200 à Ouistreham Calvados, plusieurs dizaines éparpillés ici et là le long du littoral de la Manche ou dans des grandes villes de province… D’après les observations faites par des associations et les autorités locales, plusieurs milliers de personnes migrantes dorment chaque nuit dans la rue, une situation qui perdure depuis des mois alors que le pays s’enfonce peu à peu dans l’hiver. Sarfraz est afghan et il a 23 ans. L’après-midi où nous le rencontrons, il se réchauffe à l’intérieur de la bibliothèque de La Villette, à Paris, comme plusieurs dizaines d’hommes venus aussi charger leur téléphone et se connecter à Internet. Sarfraz est arrivé à Paris il y a quinze jours et confie dormir « parfois dans un parc près de la porte de la Villette, parfois sous le pont de la porte de la Chapelle ». Sa demande d’asile a pourtant été enregistrée en préfecture le 20 novembre. Et, depuis dix jours, il se présente devant l’un des deux accueils de jour ouverts à Paris par l’Etat pour les hommes célibataires, afin de les orienter vers des solutions d’hébergement temporaire. Mais Sarfraz a beau faire la queue tous les matins, il n’a pas encore pu accéder à cet accueil. Mamadou Alpha Diallo ira bientôt rejoindre la file d’attente, lui aussi. Croisé porte de la Chapelle, ce Guinéen de 23 ans, étudiant en gestion des ressources humaines dans son pays, dort dehors depuis deux semaines « là où on peut, jusqu’à ce que la police nous chasse ». Lors d'une distribution spontanée de vêtements autour du parvis de la porte d'Aubervilliers, à Paris, le 24 novembre. SAMUEL GRATACAP POUR "LE MONDE" Depuis les dernières évacuations d’envergure à Paris, en mai, au cours desquelles 1 900 migrants avaient été mis à l’abri, les autorités veulent éviter la reconstitution de campements. « Dès qu’il y a des regroupements de personnes, la police disperse, rapporte Louis Barda, coordinateur de Médecins du monde à Paris. Les gens sont par conséquent rendus invisibles et plus vulnérables car moins accessibles. » L’ONG assure une consultation médicale mobile plusieurs fois par semaine dans le nord de Paris.

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